27/04/2006

Sois stage et tais-toi...

Il aura fallu attendre huit mois après la création d'un mouvement organisé et intelligent (génération-précaire) et une crise à propos d'un certain CPE pour que le gouvernement réagisse enfin...


Ce qui ne veut pas dire que tout, pour autant, soit reglé. De quoi parlé-je donc? De ce petit bout de texte sorti hier matin des bureaux du ministère pour l'emploi et la cohésion sociale, des têtes bien pensantes d'un gouvernement qui visiblement comprend les jeunes (...) et leurs difficultés.
Ce texte, c'est la Charte des stages. Un sujet qui me touche particulièrement à coeur. L'un de mes premiers billets (et coup de gueule) sur ce blog lui était d'ailleurs déjà consacré (ici).

Cette charte est donc la réponse du gouvernement à des mois de discussions pour faire cesser le scandale de l'abus de stage en France. Une possibilité sublime pour nos dirigeants de rattrapper le coup du CPE et de prendre le probléme du bon côté en s'attaquant vraiment à la précarité. Hélas. Trois fois hélas. Le vide juridique entourant le statut des stagiaires n'a pas été comblé avec ce texte, loin de là. Qu'apporte-t-il concrètement? Pas grand chose. Les stages devront dorénavant obligatoirement être conventionnés. Soit. Ceci ne changera rien, puisque seule la convention, auparavant, offrant une assurance à l'entreprise, celle-ci, dans la quasi totalité des cas, l'exigeait de l'étudiant. Les armées d'étudiants diplômés au chômage continueront donc de s'inscrire à l'université pour obtenir le sésame du droit à l'exploitation.

Deuxième point, qui pourrait être plus pertinent, une rémunération sera obligatoirement due au stagiaire pour les stages d'une durée supérieure à trois mois. Sous quelle forme, quel montant? La Charte n'en dit pas mot. Ce qui finalement ne change rien...les stages aujourd'hui sont "rémunérés" (la plupart du temps), à hauteur de 325 euros par mois environ (ce qui correspond au montant maximal que l'entreprise peut verser sans payer de charges sociales). Facile de se payer un appart et à manger à Paris avec ça, non? Le problème, donc, c'est que la Charte ne change pour l'instant pas cette pratique d'un iota.
Troisième point, enfin, un stage ne pourra excéder une durée de six mois s'il ne participe pas d'une logique "pédagogique". Je serai curieux qu'on me présente des stages qui ne correspondent pas à une logique pédagogique...

Un coup d'épée dans l'eau. Voire pire. En excluant les jeunes déjà diplômés du marché des stages, la Charte entrainerait même une forme de précarisation (au moins égalitaire...au RMI à 25 ans mais tous avec la même expérience ou presque...fini la surenchère et la course aux stages).
Dommage, car il y avait beaucoup à faire. Les propositions du collectif génération-précaire, par exemple, semblaient pleines de bon sens. Rémunérations revalorisées pour stages longue durée ou encore délai de carence entre l'emploi de deux stagiaires pour un même poste pour éviter les abus...

Le Medef, et sa charmante présidente Laurence Parisot, se réjouissaient tout particulièrement de ce manque d'avancées significatives. Pour rappel, cette dernière, il y a quelques mois, a quand même osé dire, sans sourciller: "l'amour, la vie, sont précaires, pourquoi le travail ne le serait-il pas?". Au moins, c'est clair, on sait à quoi s'attendre...

A noter la parution d'un livre "sois stage et tais toi", très intéressant sur le problème, édité par le collectif "génération-précaire", à qui j'ai un peu emprunté le titre de ce billet. Allez faire un tour sur leur site internet, c'est pour nous qu'ils se battent.

Trackbacks

Une charte des stages inutile !?!

Encore plus en ce moment, je me sens concernée par le combat que mène le Collectif Génération Précaire depuis huit mois. Après avoir créé un collectif représentant les droits des stagiaires et avoir exprimer leur mécontentement, les membres du collect...

Trackback par : mes goûts, mes couleurs... | 29/04/2006

Commentaires

Bien que je ne sois plus stagiaire (et ne veux plus l'être!), je soutiens ce mouvement à fond (mais tu ne trouves pas qu'ils sont un peu désorganisés?).

Pour ce que tu viens de dire, OK, cela n'est pas suffisant, mais une précision : est-ce-que ça y'est le stage a un statut et est inscrit ds le code du travail ou bénéficie t'il encore d'un vide juridique? Parce que si il est reconnu, c'est qd même une avancée, je crois...

NdP: Pour répondre à ta question Hélène, le statut du stage n'est toujours pas reconnu par le code du travail. C'est d'ailleurs bien la raison pour laquelle le Medef participait aux négociations et s'est félicité des résultats.
En ce qui concerne le mouvement, il sont certes un peu désorganisés, comme toute organisation naissante, mais leurs actions sont engagées et significatives, tout comme j'aime. Gageons que cela va se mettre en place petit à petit.

Ecrit par : Hélène | 27/04/2006

Je ne sais pas trop, juste une petite remarque, est ce que la lacune de texte ne peut pas combler pas la loi non écrite ou la jurisprudence parce que des dispositions de loi ne peuvent jamais tout indiquée et tout précisée pour couvrir toutes les situations…et d'ailleurs, la loi qui précise tout, c’est peut-être trop strict…mais au moins elle doit préciser le critère minimum, le critère de base comme par exemple, le montant d’une rémunération, il faut dire seulement combien le montant minimum que l’entreprise doit payer aux stagiaires etc…
Pour le troisième point, oui c’est un peu bizarre…parce que le stage fait partie de la pédagogie…mais peut-être c’est la façon d'écrire pour combler une lacune « au cas où » !!!

NdP: m'est avis que le fait de ne pas promulguer une loi sur le sujet et de ne surtout pas toucher au code du travail est une façon de s'interesser au probleme sans y toucher vraiment (après tout, l'abondance de stagiaires surqualifiés et mal rémunérés est une bénédiction pour les entreprises françaises).

Ecrit par : Expresso... | 28/04/2006

Coucou Pangloss !
En effet il faut les soutenir, ce qui revient à défendre nos droits et nos valeurs.
Je rentre tout juste de Grenoble et j'ai vu ton commentaire merci !

** bisous **

Ecrit par : stella | 28/04/2006

j'adore leur slogan (tiré du livre) "sois stage et tais toi", tellement de réalité dans ces quelques mots que s'en est effrayant... :s

Ecrit par : chaaa | 29/04/2006

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