30/03/2006

Le fabuleux destin de Nick Leeson

Si le nom de Nick Leeson ne vout dit pas grand chose, c'est a priori normal. Par contre, vous avez surement entendu parler de lui à l'époque, il y a de cela une dizaine d'années...

Le hasard fait parfois des choses étonnantes. Hier, dans la journée, j'ai ainsi eu l'occasion, par deux fois, de découvrir le récit de la vie assez incroyable de cet homme.


Nick Leeson est anglais. Originaire de Watford, il commence une carrière au sein de la Barings, la plus vieille banque anglaise, au début des années 90. Bourreau de travail, il gravit rapidement les échelons. En 1992, à seulement 25 ans, il est ainsi nommé responsable des transactions (c'est à dire trader en chef) pour le marché de Singapour. Son talent, sa science du bluff, lui font gagner beaucoup d'argent.

C'est là que commence sa légende. A la fois responsable du front et du back office, Leeson s'occupe lui même de valider les transactions qu'il effectue en salle des marchés. Un jour, une erreur d'une de ses employées lui fait perdre 40 000 dollars dans une journée. Il crée un compte "erreur" devenu mythique, le compte 88888 (le 8 étant sensé porter bonheur en chinois), pour la masquer, et parie sur ses talents de boursicoteur pour ramener le niveau du compte à zéro.

Il y parvient une première fois. Mais les erreurs de ses employés, qu'il forme lui même au métier, vont le forcer à réactiver le compte. Alors que Nick parie sur une hausse du Nikkei pour éponger ses pertes, c'est cette fois ci l'inverse qui se produit. A court de capital pour investir, il demande de plus en plus d'argent à la Barings pour pouvoir continuer d'investir. On parle même de sommes allant jusqu'à 75 millions de dollars par jour. La banque, qui croit faire des bénéfices, accepte de bonne grâce de verser cet argent, et octroie même de généreuses commissions à Nick et à son équipe. Le trader devient une petite star, puisqu'il représente jusqu'à la moitié des transactions de la bourse de Singapour (dont 60% viennent du compte 88888).

Un premier audit, interne, est effectué par la banque, mais les enquêteurs passent à côté du compte 88888. Ce n'est que partie remise. Le tremblement de terre de Kobé, au Japon, va mettre un point final à cette flambée fantastique. Alors que Leeson parie sur une baisse puis une hausse du Nikkei (ce qui arrive dans un premier temps), le marché asiatique s'écroule. Les pertes deviennent considérables, et l'état major de la Barings s'inquiète. C'est le moment que choisit notre homme pour s'enfuir, sentant son heure arriver. Il s'exile à Bornéo avec sa compagne. Là bas, la réalité le rattrape. Sa supercherie est découverte, et le coup est fatal pour la banque d'affaires. Les pertes, au total, sont estimées à...1,3 milliards de dollars. Soit l'équivalent de la totalité des actifs du groupe.

Un mandat d'arrêt international est lancé, pendant que la Barings est déclarée en faillite. La banque anglaise sera rachetée 1£ symbolique par ING, groupe hollandais, quelques semaines plus tard. Nick Leeson, qui a tout caché à sa compagne, est finalement arrêté à Francfort. L'Angleterre accepte la demande d'extradition faite par Singapour. Leeson y passera six ans en prison. Là, il écrit ses mémoires, parues sous le titre "Rogue Trader" et bien évidemment rachetées par Hollywood. Le film, "Trader", où l'homme est interprété par Ewan McGregor (la photo montre bien la ressemblance physique super évidente...), résume bien l'histoire, et est agréable à suivre, sans que cela soit un chef d'oeuvre (je l'ai vu hier soir, ce qui fut ma première nouvelle rencontre avec Nick Leeson). Nick Leeson, le vrai, estimant pour sa part qu'être "incarné au cinéma de cette manière là est une honte".

Le vrai Nick sort donc de prison en 1999. Atteint d'un cancer du côlon, les recettes engendrées par son livre vont lui permettre de se faire soigner et...de rembourser ses créanciers, à hauteur de 100 millions de dollars, tout de même. Il choisit de se faire oublier. Il est aujourd'hui manager général du club de football de Galway, qui évolue en deuxième division irlandaise. C'est pour cette raison que le magazine So Foot (excellent mensuel à l'esprit un peu décalé, soi dit en passant), lui consacre un article dans son numéro d'avril (ce qui fut l'occasion de ma deuxième rencontre de la journée d'hier avec ce destin hors du commun).

Nick Leeson restera donc à jamais l'homme qui a coulé une banque (et pas n'importe laquelle, une banque âgée de 223 ans, qui avait aidé, entre autre, les américains à racheter la Louisiane aux français). Le "pire" dans cette affaire, et aussi incroyable que cela puisse paraitre, reste que l'homme n'a pas détourné un centime pour son profit personnel.

Un acte aussi fondamental, de manière totalement désintéressée? Les altermondialistes devraient lui faire une statue...

Fascinant, non ?

Commentaires

oui je me souviens bien de cette affaire maintenant, trés interessant ton article.
ps comme fais tu pour faire comme là sur ta note "lire la suite" merci

Ecrit par : eric | 30/03/2006

C'est marrant que tu parles de So Foot, parce que je connais un mec qui y fait des piges et qui me fait bcp penser à toi!

Ecrit par : Hélène | 30/03/2006

muack !

NdP: he ben...ca c'est sympa et ca fait plaisir. Muack aussi, alors !

Ecrit par : stella | 30/03/2006

histoire intéressante... incroyable... un destin bien particulier... mais il y a eu un film sur lui non ?

Ecrit par : querna | 30/03/2006

voila j'aterris sur ton blog après avoir cliqué sur un lien dans un site "un homme nul en informatique"... on t'aime qd même !
non non je ne citerai pas de nom, mais je pense que tu c d'où je viens !

Ecrit par : querna | 30/03/2006

Super article...
Et ce personnage a inspiré un film Trader (1999) de James Dearden. C'est Ewan MC Gregor qui endosse la veste bariolée de Nick Leeson.
Et oui, les traders sont identifiables par les couleurs et les motifs de leur veste lors des scéances d'ouverture de la Bourse.

Bonne continuation et bonne chance pour l'entretien!

NdP: Le retour de Virgule...merci pour les ecnouragements. Pour ce qui est du film, j'en parle aussi dans la note. Pas le film de la decennie, loin de là, mais plutôt agréable à regarder. Je m'attendais à bien pire...

Ecrit par : Virgule | 03/04/2006

je tiens a préciser pour les dandys fan de bourse et de salle de marché que le créateur daniel cremieux commercialise un veston tout a fait semblable a celle de nick et de son équipe a singapour. La très discrète veste jaune et bleue a larges rayures. Un must!!! Voir la boutique place de la madeleine pour les parisiens.

Ecrit par : gordon gekko | 27/01/2008

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