28/03/2006

Elliott Smith, discographie

 

Parmi la foultitude de songwriters que j'ai eu l'occasion d'apprécier au cours des vingt-six premières années de ma vie, certains m'ont profondément marqué. C'est le cas notamment d'Elliott Smith.

Américain découvert à Portland, Elliott Smith officiait au départ au sein du groupe Heatmiser, qui n'est pas passé à la postérité, loin de là. Las, il décide au bout d'un moment d'écrire et de composer pour lui même. Une excellente décision, pour lui comme pour nous...


Après un "Roman Candle" très discret, et un album éponyme qui l'est tout autant mais qui laissent deviner les prémisses de son talent, Elliott enregistre chez lui le splendide "Either/Or". Ce disque, dans une veine pop intimiste dont je ne me lasserai jamais, fut dur à créer. L'artiste le trouve mauvais... Pourtant, c'est lui qui le fera repérer par une major et lancera sa carrière auprès du grand public. Either/Or est un disque de pop ciselée, aux arrangements somptueux, où le chant d'Elliott, posé, parfois presque féminin, fait merveille. Des morceaux comme "Ballad of Big Nothing" ou "Between the bars" s'imposeront de suite comme des standards pop.

Suite à cet album, le musicien composera la bande originale du film "Will Hunting" de Gus Van Sant, avec une facilité et une réussite insolente.

C'est là que Dreamworks le signe. Il y produira plusieurs albums, dont "XO", son premier disque à passer les frontières et à atterrir chez nous. Acclamé par la critique pour la grâce qu'il dégage, XO reste à mon avis le chef d'oeuvre d'Elliott Smith. Chaque morceau est un petit bijou, et l'auteur y atteint des sommets de poésie mélancolique ("Pitseleh", "Waltz#1"). L'écriture est encore une fois splendide, ressassant à l'infini les thèmes éternels de l'amour, de la rupture, des regrets. Par la suite, "Figure 8", son avant dernier album, prolongera l'état de grâce, même si l'effet de "surprise" passe un peu et que l'album est, à mon avis, un poil trop produit. Des ballades comme "Everything means nothing to me", ou "Everything reminds of her" toutefois, montrent si besoin en était que l'artiste n'a rien perdu de son sens mélodique et mélancolique... Ce sera son dernier album.

J'ai eu la chance de voir Elliott Smith en concert, deux fois. Ses passages sur scène restent de grands moments. L'homme n'avait rien d'un showman mais savait captiver la foule par les atmosphères intimistes qu'il mettait si patiemment en place.

Il y a trois ans, Elliott, au coeur d'un froid mois de janvier, se donne la mort, en s'ouvrant le ventre au couteau dans son appartement. Désabusé, ne supportant plus sa vie, se sentant improductif et inadapté, il laisse le monde de la musique orphelin. Son dernier album, "From a Basement on the Hill", très attendu par les fans après une forme de traversée de désert au cours de laquelle ses concerts sont marqués par des moment d'égarement, sort finalement, un an après sa mort. D'une grande qualité, il ne fait que raviver les regrets.

De Nick Drake à Tim ou Jeff Buckley, les songwriters sont maudits. Elliott Smith, digne de cette prestigieuse ascendance, ne fait que confirmer ce douloureux constat. Dans leur cas, le splendide a un prix, très lourd. Pour moi, leur musique n'en a pas...

 

Roman Candle (1994): 6/10
Elliott Smith (1995): 6/10
Either/Or (1997): 9/10
XO (1998): 9/10
Figure 8 (2000): 8/10
From a Basement on the Hill (2004): 7/10

Les trois premiers distribués par Kill Rock Star Records, les deux suivants chez Dreamworks, le dernier chez Anti-Records.

http://www.sweetadeline.net/

Commentaires

Merci de nous rappeler ce grand songwriter. Des chansons à pleurer et des concerts je te le confirme poignant.

A croire que le mal de vivre peut être à la source de diamant.

Ils sont rares les mecs de ce niveau.

Ecrit par : morgan | 28/03/2006

J'aime beaucoup Son Of Sam-1, Somebody that I used to know et Everything means nothing to me, donc uniquement ses chansons de l'album Figure 8, je n'ai pas écouté ses autres albums mais je vais me rattrapper.
Dommage de finir sa vie comme ca quand on a talent, argent, et de nombreux fans qui ont du étre bien tristes.

Ecrit par : KiruaEikichi | 28/03/2006

je connais pas du tout...

NdP: Alors il faut découvrir...toi qui est fan de cinéma, tu te rappelles certainement Good Will Hunting, un film de Gus Van Sant sorti en 1999, je crois? Regarde le de nouveau, la BO composée par Elliott, est tout simplement splendide.

Ecrit par : smeagul | 29/03/2006

moi non plus... mais je regrette à la façon dont tu en parles !

NdP: Ben oui...mais il n'est jamais trop tard !? un petit tour dans une Fnac, dix minutes d'écoute et tu seras sous le charme. Les filles accrochent souvent tres vite avec Elliott Smith (merci de ne rien déduire de cette assertion peu vérifiable, lol).

Ecrit par : querna | 29/03/2006

Rattrappez vous très vite
je te suis pangloss : X0 en tête suivi de either /or.
Figure 8 pour moi au même niveau voire devant either or tout de même
C'est beau les concerts où on pleure n'est ce pas Pangloss ?

NdP: Euh...oui....euh...il y en a pas eu beaucoup...un concert de Sigur Ros, surtout, qui m'a profondement marqué.
Either/Or est à mon avis supérieur à Figure 8. Plus spontané, plus frais, un peu plus inspiré, aussi, au niveau des textes notamment. Et puis Between the Bars ou Ballad of Big Nothing sont quand même des sommets de sa discographie...

Ecrit par : morgan | 29/03/2006

Etrange coïncidence, après plusieurs mois d'interruption, je réécoute "Figure 8" depuis quelques jours...tu lis dans mes pensées Pangloss ou quoi ? Quel gâchis qu'un aussi bon songwriter ait mis fin à ses jours, j'ai eu le même choc et la même peine quand Jeff Buckley est parti...

Ndp: Peut-être lis-je dans tes pensées...oui. Pour Jeff Buckley, je partage ta peine... Connais-tu Tim BUckley, son père?

Ecrit par : Sean | 29/03/2006

j'irai essayer... après mes partiels

mais l'extrait est agréable, je te l'accorde !

NdP: Content que ca te plaise, miss pharma ! tu m'envoies par mail l'endroit ou on peut te voir criter ? ;-)

Ecrit par : querna | 29/03/2006

Salut,

je découvre ton blog, trés sympa. Je me permet d'intervenir car je suis un inconditionnel d'Elliott que j'ai découvert pour ma part en 1998 avec Either/Or que j'avais alors dû commander en import... juste avant la sortie de XO. Tout à fait d'accord pour dire que ce dernier est un sommet absolu. Je considère pour ma part ses deux premiers albums Roman Candle (1994) et Elliott Smith (1995) comme des perles, bien que beaucoup plus lo-fi (faute de moyens surement). Elliott aimait visiblement les orfevreries de production dès qu'il pouvait se les permettre.

Sinon a ne pas louper : son album posthume "From a basement on the hill", magnifique bien que bancal à mon goût.

Enfin, une erreur que je me permet de relever : Elliott s'est suicidé le 21 Octobre 2003 et non en janvier comme tu le dis.

Ecrit par : iRono | 31/07/2006

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